Documentation
La grande peste de 1721 à Langogne

L'article de Felix Buffière dans le "tant rude Gévaudan" sur une période tragique de l'histoire de ces régions touchées par la peste de 1721, dont nous devons la connaissance à Madeleine Delplanque et à Philippe Amarger, est passionnant.

Mais des régions de Lozère ont été épargnées de ce "terrible mal de contagion", par hasard peut-être, mais plus sûrement par les mesures de prévention rigoureuses mises en place par les autorités ; c'est le cas de la ville lozérienne de Langogne, région d'origine de mon ascendance maternelle, et il se trouve que, dans le fonds d'archives familiales, j'ai découvert un manuscrit daté de 1723 qui décrit avec force détails, la situation dans cette ville pendant la durée de l'épidémie et cite les noms de quelques acteurs importants de cet évènement.

A un premier e-mail que j'ai lancé il y a quelques jours sur ce sujet, j'ai reçu tellement de réponses que j'ai décidé de demander la mise en ligne de ce document pour satisfaire tout le monde : Antoine Maurin a bien voulu m'aider pour cette opération car j'étais bien incapable de le faire seul et je l'en remercie.

On y trouve des détails terribles sur les sanctions prises contre ceux qui ne respectaient pas les mesures de blocus, sur les sévères règles de quarantaine, on y apprend que les arquebusiers sont aussi appelés les "minions" (!) et l'on voit au sujet du pèlerinage annuel de remerciements qui devait se renouveler "perpétuellement" qu'on a rayé ce dernier mot pour le remplacer par "pendant trente ans". ce qui laisse à penser que l'auteur, probablement un ecclésiastique, a du participer à la décision (?).

Ce "reportage" constitue un complément logique à l'article de Félix Buffières.

Bernard Goubin

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Memoire de ce qui sest passé a Langogne en l'année 1721 au
subject de la contagion, ou peste qui a ete a Marselie, et a
Arles et plusieurs autres lieux es environs dans toute la
Provence depuis le mois de may 1721.

L'an mil sept cents vingt un et le trentieme jour du mois d'aout
Me de Rembion brigadier des armées du Roy, commandant en
Vivarets est venu avec Me de Moulax de Tornon a Langogne
par ordre de monsegnr de Roquelaure commandant et gouverneur
du Languedoc pour fermer et faire le blocus et separation de
tout le Gevaudan, avec le Velay et tout le Vivaréts, ce qui a esté
faict le 30° aout 1721, a cause que la contagion qui a commancé
dans le Gevaudan par le bourg ou petite ville de la Canourgue, et
ansuite a Maruejols et a Mende, anfin en cinquante six lieux
villes ou villages dans tout le Gevaudan, ce qui a faict qu'on a posé
de barrieres au pont d'Alier avec de soldats qui les gardoint
touiours de part et d'autre, avec defances soubs paine de la vie
de les passer en aucune maniere, que ce fut. Et pour cella on y a
faict jusques a six barrieres. Scavoir une a l'antree du pont
d'Allier avant antree a la chapelle de notre dame. Avec une espece
de hute devant lad. chapelle pour s'y chauffer et se metre a couvert
de la pluye et du mauvais tems. Une autre pour passer le vin
et marchandises qu'etoint necessaires tant pour Langogne que pour
tout le Gevaudan. Une autre barriere derriere la precedante
venant du coté du Vivarets, ou du Velay a l'antree dud. pont d'Alier
ensuite en ont esté aussi faictes autres deux grandes et longues
barrieres pour séparer le Velay avec le Vivarets et qu on n'ait
aucune frequentation de lun avec lautre lesd barrieres vont depuis
les grands chemins alant du pont d'Alier a Pradellres depuis le
grand chemin iusques a la riviere d'Alier. Et de meme l'autre
grande barriere de dela led. pont d'Alier allant a l'Esperou depuis le
grand chemin jusques a lad. riviere d'Alier aussi, afinque ceux du
Velay n'ayent aucune communication avec ceux du Vivarets ni
avec ceux du Gevaudan, ni ceux du Gevaudan avec personne du
Velay ni du Vivarets. Les barrieres ont toujours este bien gardees
par les soldats du regimand de Jeanssac, de Piemond qui onte
envoyes pour cella rester dans tout le Velay et le Vivarets, et la
notre par les soldats apelles minions ou arquebusiers venus du
Rossilion et autres encore du regimant de Bretagnie commandes
par Me Pierre Pol de la Devese, brigadier des armees du roy residant a
Langogne depuis le 9. octobre 1721 qu'il y arriva avec trois cents
cinquante soldats venant de Rossillion apres avoir faict quarantene
pour avoir gardé les postes et advenues des villes de Marvejols et
de Mende, led. Sr de la Devese estoit de St Pons Riols, diocese de St Pons
en Languedoc, lequel d'abort apres son entree a la ville de Langogne
fit passer par les verges un pauvre miserable jeune garceon moissonneur
du cote de Tornon qui fut arrete avec autres trantene de ses camarades
a Langogne pour n'avoir pas pu passer en aucun endroit a cause du blocus
faict et passant un jour devant quelques soldats, il lacha malheureusement
quelque parole un peu facheuse, il fut dabort arrete, et le lendemain
passe par les verges et ensuite delivre, et le cinquieme novembre
1721 un corbeau etant …. et echapé de la ville de Mende, son

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